01Montée ski de rando : la réponse courte
En ski de rando, on monte en faisant glisser le ski, sans le soulever, peaux sous les skis et talon libre. Quand la pente se redresse, on relève les cales et la trace part en lacets reliés par des conversions. À la montée aussi, la FFME demande d'éviter si possible les combes et les pentes de plus de 30°.
02Technique de montée ski de randonnée : le geste de base
La Fédération française de la montagne et de l'escalade (FFME) résume la montée dans ses « Recommandations de sécurité et de pratique en ski-alpinisme & ski de randonnée » (décembre 2024) : « Tant que la trace le permet, on évolue avec les skis aux pieds et le talon libre. Quand la pente devient plus raide, on change de direction grâce aux conversions et on utilise les cales de montée pour moins forcer. Des couteaux peuvent être fixés aux fixations pour améliorer l'accroche en neige dure. »
Glisser, ne pas soulever. On a souvent le réflexe de lever le pied à chaque pas, comme en raquettes. L'Office fédéral du sport suisse (OFSPO), dans ses fiches pédagogiques mobilesport.ch, décrit au contraire un mouvement « identique à la marche, avec une poussée dynamique sur la jambe d'appui et un balancement naturel bras-jambe opposés », et insiste : « Veiller à ne pas soulever le ski du sol durant l'intégralité du mouvement de balancement de la jambe arrière vers l'avant. » Le ski avance en frottant la neige ; la peau l'empêche de reculer.
Laisser glisser. « Moins le terrain est raide, plus la phase de glisse sera longue », note la même fiche. Quand la pente augmente, la phase de glisse raccourcit.
Les bâtons. Ils accompagnent le pas, bras et jambe opposés. L'OFSPO conseille de « planter le bâton opposé au niveau du pied de la jambe d'appui » ; si vers la fin de la montée les forces viennent à manquer, « le rythme des bras permet d'aller de l'avant ». Pour l'équilibre, la fiche propose aussi d'avancer sans les bâtons.
Le mode montée des fixations et la pose des peaux ont leur article : mettre ses peaux de phoque.
03Le rythme : régulier, et adapté à la pente
La même source suisse donne la règle : « Le rythme et la longueur des pas dépendent de la déclivité de la pente. Plus celle-ci est élevée, plus rapide sera le rythme et moins longs seront les pas. »
Quand ça se raidit, raccourcis donc le pas plutôt que de forcer sur de grandes enjambées. Cherche « un rythme agréable qui permet une montée fluide », une allure que tu peux tenir jusqu'en haut.
Cela compte, car une montée est souvent longue : sur les 6 158 itinéraires de notre graphe d'itinéraires qui ont un dénivelé, la médiane est de 1 200 m. Pour estimer ton temps de montée, vois le dénivelé moyen en ski de randonnée. Et comme on transpire vite, pars légèrement frais : voir comment s'habiller en ski de rando.
04Les cales de montée : quand les relever
Sous le talon, la fixation de randonnée porte une cale de montée, qu'on relève souvent du bout du bâton (selon le modèle). Elle surélève le talon et rend la marche en pente moins pénible : la FFME dit qu'on l'utilise « pour moins forcer » quand la pente devient plus raide.
- Plat ou pente douce : cale baissée.
- Ça se raidit : relève-la d'un cran.
- Ça s'adoucit : rebaisse-la. Ajuste-la aussi souvent que nécessaire.
La bonne hauteur se trouve au ressenti. Le nombre de positions dépend de la fixation ; voir les peaux et la transition.
Une cale ne remplace pas une bonne trace. Au cran maximum, si tu peines encore ou si les peaux glissent en arrière, c'est souvent le signe que la trace est trop raide : fais un lacet.
05La trace en lacets et les conversions
Une bonne trace ne va pas droit dans la pente. Elle monte en diagonale, d'un côté puis de l'autre, avec une pente régulière qui reste tenable sans que les peaux reculent. Nous n'avons trouvé aucune source fédérale donnant un angle idéal pour la trace ; quand la diagonale devient trop raide, on fait un lacet.
Pour changer de côté dans une pente raide, on change de direction sur place : la conversion. L'OFSPO la privilégie « à partir d'une déclivité de 30° » ; le geste pas à pas est dans notre tuto conversion ski de rando. En groupe, la même fiche recommande de « maintenir la distance nécessaire entre les participants pour éviter les temps d'attente lors des conversions ».
06Dévers et neige dure : ce qui rend une montée difficile
Le dévers, c'est une portion où la trace coupe la pente à flanc : un ski plus haut que l'autre, des skis qui ont tendance à déraper vers l'aval. C'est une difficulté reconnue : le guide de bonnes pratiques de la Fédération nationale de la sécurité et des secours sur les domaines skiables (FNSSDS) sur les parcours de montée en station (automne 2022) en fait un critère de classement, avec la pente et les conversions.
| Niveau | Pente max de montée (FNSSDS) | Passages en dévers | Conversions imposées |
|---|---|---|---|
| TF « Découverte de la pratique » | ≤ 10° | Absence | Absence |
| F « Facile » | ≤ 20° | Absence | Absence |
| AD « Assez difficile » | ≤ 25° | Sur distance limitée à quelques m | Technique acquise |
| D | ≤ 30° | Possible sur distance moyenne | Technique acquise |
Parcours de montée en station (FNSSDS, 2022). Ce tableau classe des itinéraires balisés en station, pas le hors-piste. Le guide intitule cette colonne « Degré max pente de montée » sans la définir ; nous la lisons comme la pente maximale du terrain d'un parcours, pas l'angle d'une trace. C'est notre interprétation, que les conversions imposées dès le niveau AD rendent plausible. Un seul critère suffit à faire monter le niveau : « Le franchissement d'un seuil sur un seul critère conduit à classer un parcours de montée avec un niveau de difficulté supérieur. »
En dévers, avance calmement, sans à-coups ; le placement du corps et des skis se montre mieux qu'il ne s'écrit : fais-toi montrer le geste.
La neige dure. Sur une neige regelée ou ventée, la peau peut ne plus tenir le ski. D'où les couteaux, que la FFME mentionne « pour améliorer l'accroche en neige dure » : des lames fixées à la fixation, qui mordent la neige. Emporte-les si la neige risque d'être dure, et apprends à les monter avant d'en avoir besoin.
07Suivre une trace ou la faire
Sur un itinéraire fréquenté, une trace existe souvent. Pour débuter, la suivre est souvent plus simple : elle est déjà tassée et ses conversions déjà placées. L'OFSPO le dit : « Quand les traces sont bonnes et bien marquées, les conversions sont à éviter. » Mais une trace existante n'est pas une garantie : faite par d'autres, un autre jour, elle peut passer dans une pente que tu n'aurais pas choisie.
Faire la trace dans la neige fraîche demande plus d'effort et du jugement : où passer, quelle pente donner aux diagonales, où placer les conversions. Pour une première, laisse la trace à la personne la plus expérimentée du groupe (voir ta première journée). L'aide-mémoire J+S « Prévention des accidents en excursions à skis » (OFSPO, décembre 2022) range la « préparation de la trace » parmi les mesures des moniteurs pour réduire le risque de glissade ou de chute.
Trace, lacet, dévers : voir notre lexique du ski de rando.
08Monter en sécurité
Le danger d'avalanche existe aussi à la montée. La FFME : « Il faut éviter si possible à la montée les combes et les pentes >30°. Il sera difficile d'échapper à une avalanche en montant. Il faut privilégier les zones convexes et les pentes faibles. » Le glossaire de l'European Avalanche Warning Services (EAWS) définit la « pente raide : > 30° environ (pente suffisante pour que la neige parte en avalanche) ».
Les règles de groupe de la FFME :
- « Dans tous les cas, il faudra à la montée et à la descente espacer les membres du groupe. »
- « Respecter le « un par un » en cas de doute ou de danger : une avalanche qui ensevelit un seul skieur permettra aux autres membres de la sortie d'effectuer un secours "simple". »
- « Progresser à vue les uns des autres. »
- « Il faut éviter de sortir seul en ski de randonnée. »
Notre base recense 6 659 avalanches, accidents et avalanches observées confondus. La FFME ajoute : « Il ne faut pas stationner dans les pentes >30°, les combes... »
Avant chaque sortie, lis le bulletin d'estimation du risque d'avalanche de Météo-France (BERA) ; notre article pour lire le BERA le décode, et l'inclinaison des pentes et le terrain avalancheux aide à estimer une pente. Sur notre carte, la couche « Pentes du terrain » est une indication calculée, pas un verdict. La carte affiche des données ; le bulletin, le terrain et ta formation décident.
09Pauses, boire, manger
La FFME précise où s'arrêter : « les pauses doivent se faire en lieu sûr (au pied d'une falaise, plateau, arête ou sommet) ». Pas au milieu d'une pente raide ni au fond d'une combe, même si la fatigue arrive là : vise le prochain endroit sûr.
Les pauses servent à boire et manger : l'aide-mémoire J+S recommande aux moniteurs de prévoir « suffisamment de pauses permettant l'hydratation et des apports énergétiques ». La FFME rend chacun responsable « de son alimentation et hydratation », en invitant à « prendre des marges dans ces domaines » face aux aléas (fatigue, conditions changeantes). De quoi boire et grignoter à portée de main, et un peu plus que prévu.
10S'entraîner sur un parcours de montée en station
Le meilleur endroit pour apprendre le geste est un parcours de montée balisé en station. Dans le tableau de la FNSSDS, les niveaux TF et F n'ont ni dévers ni conversion imposée : tu y travailles la glisse, le rythme et les cales, en suivant une trace balisée.
Toutes les stations n'en ont pas : l'office de tourisme te le dira, et notre page tourisme répertorie les offices de tourisme. Les règles du domaine skiable sont dans notre article ski de rando sur piste.
Ensuite, un premier itinéraire facile. La carte affiche 18 707 topos d'itinéraires ; la fiche Les Cluots, par Roubion-les-Buisses, par exemple, indique S1, 800 m de dénivelé, point haut à 2 106 m, orientation nord-est, et un profil d'altitude coloré selon la pente, quand le tracé est disponible.
11La liste à cocher pour ta prochaine montée
- Peaux collées, mode montée, talon libre.
- Je fais glisser le ski, je ne le soulève pas.
- Pas plus courts quand ça se raidit, allure tenable.
- Cale relevée quand ça monte, baissée sur le plat.
- Trace trop raide : je fais un lacet.
- Je suis la bonne trace existante.
- Neige dure : couteaux dans le sac.
- J'évite combes et pentes de plus de 30° ; je m'espace.
- Pauses en lieu sûr, je bois et je mange.
- J'ai lu le BERA.
La liste à cocher pour ta prochaine montée
Citations reprises de l'article : FFME, « Recommandations de sécurité et de pratique en ski-alpinisme & ski de randonnée » (décembre 2024) ; OFSPO, fiches mobilesport.ch.
La montée se joue sur des gestes simples répétés des centaines de fois, et sur deux règles de sécurité : éviter combes et pentes de plus de 30°, et s'espacer.
12Et ensuite
Pour la suite : notre guide du ski de randonnée pour débutants.
Hors des pistes balisées et sécurisées, rappelle l'OFSPO, « seules les personnes disposant d'une formation adéquate et d'une grande expérience dans l'évaluation des dangers sont habilitées à se lancer. Autre possibilité: se joindre à un groupe placé sous la direction d'un guide. » Et le geste se corrige plus facilement avec quelqu'un sur place. Pour apprendre le geste avec un pro : trouver un professionnel diplômé (cours, formation avalanche, journée encadrée). En France, ce pro peut être un guide de haute montagne ou un moniteur de ski : selon la fiche RNCP 38415 du diplôme d'État de ski – moniteur national de ski alpin (arrêté du 28 septembre 2023), le moniteur exerce « sur pistes et hors des pistes, à l'exception des zones glaciaires non balisées et des terrains dont la fréquentation fait appel aux techniques de l'alpinisme ».
À retenir
- À la montée, on fait glisser le ski sans le soulever, talon libre et peaux sous les skis (FFME, OFSPO).
- Plus la pente est raide, plus le rythme est rapide et les pas courts (OFSPO) : cherche une allure que tu peux tenir.
- On relève les cales de montée quand la pente se redresse, « pour moins forcer » (FFME), et on les baisse sur le plat.
- Une trace trop raide se fait en lacets ; à partir de 30°, la conversion est privilégiée pour tourner (OFSPO).
- La FFME recommande d'éviter si possible à la montée les combes et les pentes de plus de 30°, de s'espacer et de faire les pauses en lieu sûr ; lis le BERA.
Questions fréquentes
Faut-il soulever le ski à la montée ?+
Non. L'OFSPO demande de « veiller à ne pas soulever le ski du sol » pendant tout le mouvement : on le fait glisser vers l'avant, la peau l'empêche de reculer.
Quand faut-il relever les cales de montée ?+
Quand la pente devient plus raide : la FFME les décrit comme un moyen de monter « pour moins forcer ». Rebaisse-les quand la pente s'adoucit ou sur le plat.
À partir de quelle pente faut-il faire des conversions ?+
L'OFSPO écrit qu'« à partir d'une déclivité de 30° », la conversion est privilégiée pour les virages. Le geste est détaillé dans notre tuto conversion ski de rando.
Qu'est-ce qui rend une montée en ski de rando difficile ?+
La pente, les passages en dévers, les conversions et la neige dure. Le guide FNSSDS des parcours de montée en station classe ses parcours selon la pente maximale de montée, le dévers et les conversions imposées.
À quoi servent les couteaux ?+
Selon la FFME, « des couteaux peuvent être fixés aux fixations pour améliorer l'accroche en neige dure », là où la peau ne suffit plus à tenir le ski.
À quelle vitesse monter en ski de rando ?+
Il n'y a pas de bonne vitesse universelle. L'OFSPO conseille « un rythme agréable qui permet une montée fluide ». Pour estimer la durée d'une montée, vois notre article sur le dénivelé moyen.
Où faire une pause pendant la montée ?+
En lieu sûr, dit la FFME : « au pied d'une falaise, plateau, arête ou sommet ». Profites-en pour boire et manger, comme le recommande l'aide-mémoire J+S.
Vaut-il mieux suivre une trace existante ou en faire une ?+
Pour débuter, suivre une bonne trace : l'OFSPO note que « quand les traces sont bonnes et bien marquées, les conversions sont à éviter ». Faire la trace demande du jugement ; pour débuter, laisse-la au plus expérimenté du groupe.